Ce « OH SHIT » moment

OK. Jusque là, tout a été assez easy: imaginer un projet d’entreprise, en parler à son entourage, avoir son approbation inattendue, se sentir libre et puissante, avoir envie de révolutionner le monde, se dire que tout est possible, se poser, réfléchir, profiter, voyager, rencontrer, rire, se trouver en paix dans un monde parallèle, sur une autre planète, s’amuser dans un potager et côtoyer de gentils légumes, chérir des idéaux et déborder de motivation. Aucun accroc, tout est une question de perspective et il suffit de se convaincre qu’on est en phase avec soi dans un monde bienheureux. Les bisounours sont tes amis.

Puis un beau jour, alors que tu avances aveuglément dans cet océan de plénitude, Trump est élu. Déjà, tu redescends un peu sur Terre et tu te dis que t’étais en fait bien confort dans ton monde idéal rose-douillet. Mais voilà, tu ne te laisses pas démonter, tu gardes foi en la capacité de l’être humain de construire un monde meilleur.

Puis le lendemain en fin de compte, tu t’avoues que, quand même, c’est pas gagné… Et comme ça, sans prévenir, au beau milieu de l’après-midi, y’a un éclair de lucidité qui débarque! BIM, il balaie toutes les illusions plus ou moins bien ficelées que tu te construis depuis quelques mois.

canon

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce moment-là, c’est un « OH SHIT » moment.

 

C’est un moment où tu prends enfin la vraie mesure de ce que veut dire être paumée. Non non, on n’est pas au rayon des doutes utiles, c’est carrément un instant irréel, comme en suspens, où le temps s’arrête pour te laisser discuter avec toi-même et où ta conscience te passe un savon du tonnerre et te reproche « mais bordel, qu’est-ce que t’as foutu? C’étais quoi ce coup de tête à la noix? Et maintenant, c’est quoi la suite? Tes étoiles plein les yeux, c’est cute mais t’es pas près de toucher un rond, cocotte. » Alors ton autre toi (le bisounours) voudrait lui clouer le bec et lui répondre des trucs imparables mais il est obligé de reconnaître qu’il n’a pas le mode d’emploi de l’entrepreneur à succès, sûr de lui, que les internets lui ont survendu. Alors le vicieux, lui, il en remet une couche: « t’es vraiment dans la merde, chérie. Entre tes belles idées et le gros foutoir que t’as mis dans ta petite vie rangée, t’es pas sortie de l’auberge ».

Puis, le toi bisounours, il décide que pour faire taire le vieux ronchon, il vaut mieux se mettre à se marrer. Mais pas à moitié, hein! Non, il commence à pleurer de rire comme Risitas, histoire d’exorciser à fond. Il passe en revue toutes les raisons pour lesquelles son choix était complètement fou et il rigole tellement qu’il en a mal aux abdos. Incapable de finir ses phrases, il se tord les boyaux et se paie la meilleure tranche de rigolade depuis aussi loin qu’il se souvienne. Il entre en transe et l’euphorie l’emporte. Pris de spasmes, il se convainc qu’il a agit en adulte complètement irresponsable mais il ne peut retenir ses éclats de rire et ses yeux humides finissent par troublent sa vue. Puis il en arrive à la conclusion: « je suis dans la merde » et enfin, les deux toi ont trouvé un terrain d’entente. Cependant, le ronchon ne sait pas trop comment réagir face à cet énergumène détraqué et préfère s’en détourner, encore plus circonspect qu’avant.

Cet épisode s’achève donc sur une victoire du bisounours, mort de rire, qui reprend peu à peu ses esprits et rationalise comme il peut. Le rire a dédramatisé l’éclair de lucidité carrément flippant et laissé place à une volonté de se bouger encore plus pour prouver au vieux ronchon qu’il a tort.

Bref, c’était mon premier vrai « OH SHIT » moment d’entrepreneuse. Et chez vous, ça a donné quoi?

Publicités

Trois mois à l’école des orpailleurs

Trois mois maintenant que j’ai plaqué le CDI. Trois mois que je guéris de ce mode de vie beaucoup trop rapide et trop peu moi. Une décision mûrie pendant longtemps que je n’aurais pas été capable de prendre sans les conseils avisés et le soutien de nombreuses personnes. Aujourd’hui, je commence à avoir suffisamment de recul pour apprécier justement cette décision et prendre la mesure de ce qu’elle m’apporte au quotidien. Depuis le premier juillet, j’explore et j’expérimente, je rencontre des gens et je fais connaissance avec moi-même.

Je m’accorde du temps et du répit. Ca sonne comme une convalescence et on n’en est peut-être pas loin. J’ai suivi pendant des années les sentiers tout tracés que le société avait prévu pour moi, sans me poser de questions. En arrivant chez NEST’up, j’ai appris à remettre en question le monde du travail, j’ai découvert d’autres modes de vie et de pensée que le salariat à tout prix. Je me suis laissée bercer par ce vent de liberté pendant deux ans et demi avant de me laisser emporter par lui. En rencontrant dans cet écosystème des personnes riches d’avis différents, ouvertes d’esprit et un poil contestataires, des effluves de mai 68 sont venues étoffer mes envies de changement. Parallèlement, j’ai découvert des modes d’éducation alternatives comme l’école en famille et j’ai trouvé dans ces modèles une réponse à la frustration qui m’habite depuis l’atterrissage douloureux qu’a été la fin de mes études supérieures. J’ai lu Albert Jacquard et certains paragraphes résonnent encore dans mon esprit comme si je les avais écrits moi-même. Depuis ce printemps, je fais aussi pousser mes légumes. Le goût des récoltes vaut toute la sueur que demande le travail de la terre. J’ai le sentiment de gagner ma vie, sans intermédiaire, juste en me mettant au service du sol et en mangeant ce qu’il m’offre.

"It'a hard life. But It's real. And every little thing means a lot" - Sandra

« It’a hard life. But It’s real. And every little thing means a lot » >> Sandra hosting us in her eco-campsite in the scottish Higlands

J’ai appris à ralentir, à vivre, à voir la lenteur de la nature et le contraste terrifiant que lui oppose l’allure irréfrénée de l’Homme. Durant ces trois mois, j’ai passé beaucoup de temps à voyager, à réfléchir et à me pencher sur mes envies profondes et sur la direction que j’allais bien pouvoir donner à ma vie, maintenant que j’étais complètement libre.

J’ai participé au Déclic Tour et j’en retire énormément de bienfaits durables. J’en retire aussi un projet tout frais qui sent bon le bois de récupération. J’en retire une aventure de plus et surtout, j’en retiens le Pourquoi qui m’anime, si simple et basique mais si évident une fois émergé. Pendant trois mois, j’ai aussi trouvé des réponses là où je ne les attendais pas. J’ai appris à ouvrir les yeux et à tendre l’oreille, à être attentive aux choses, phrases, images, mots, rencontres, paysages, blagues, situations qui résonnaient en moi et me procuraient un sentiment de justesse. J’ai été à l’écoute du monde qui m’entoure et je continue à épingler tous ces petits trésors. Je les garde comme si ces éléments de réponse étaient rares et précieux. Or, bien qu’ils soient précieux, ils sont constamment présents autour de nous.
Quand j’y repense, tout ce qui m’a un jour fait me sentir à ma place finit enfin par s’imbriquer pour former un tout clair et cohérent et toute l’insécurité de ma situation ne peut pas rivaliser avec la paix intérieure que ce sentiment procure. Je pense sincèrement que ces indices à la découverte de soi sont à la portée de tous, pour autant qu’on s’offre le plus beau cadeau qu’on puisse se faire: de l’honnêteté envers soi-même et le courage d’y donner suite.

Une nuit à Quartier(s) Libre(s)

Le ciel est dégagé sur la carrière de Maizeret. L’ambiance est chaleureuse, tous les rêveurs rassemblés autour d’un feu qui crépite dans le noir. Personne de sait quelle heure il est, seulement que le moment est venu de refaire le monde, ensemble, et de se faire des promesses pour que demain soit meilleur qu’aujourd’hui. C’est ça, Quartier(s) Libre(s). Cette organisation aux apparences bancales d’il y a quelques mois a laissé place à la magie de moments simples partagés par des utopistes qui ont choisi de passer à l’action.
Alors, tous se sont donné rendez-vous sur une terre peu fertile en ayant la certitude que ce sol rocailleux serait le témoin de nombreux petits miracles.

14087465_10154246516516210_2127827199_o

Et ce que je vis ce soir a tout l’air d’un miracle. Les bûches se consument et les enfants s’amusent autour, des accords de guitare adoucissent l’atmosphère et éloignent les nuages qui menaçaient lors du repas collectif. Toutes ces scènes ont des airs de Chalap, la communauté de soixante-huitards des Cévennes. Je termine cette phrase et on me fait découvrir des constellations, des satellites en mouvements dans un ciel clair et prometteur.

Cette soirée partagée avec des personnes venues d’horizons différents mais à la vision commune me donne envie d’écrire pour figer cet instant magique dans ma mémoire. Car bientôt, nous rejoindrons nos tentes respectives et nous endormirons sereins, alignés avec les personnes que nous sommes et les espoirs que nous gardons précieusement. Et un jour nouveau se lèvera sur le campement de fortune qui nous abrite. Le soleil éclairera les vestiges d’un feu qui aura été témoin des échanges de nos idées et projets. J’y pense avec nostalgie car je voudrais que cette soirée ne finisse jamais mais ce jour nouveau sera tout aussi parfait que cette soirée car, tous autant que nous sommes, nous serons libres et à notre place au beau milieu de cette carrière hors du temps.

La question qui fâche

Mis en avant

J’ai déjà vécu cette scène. Un soir pluvieux, où je me demande ce que je vais faire de ma vie. Où j’ai envie d’écrire, où je me lance. Après de nombreux essais avortés, où les mots ne sortaient pas, peut-être que cette fois c’est la bonne.

Le bruit commence à courir. Y’a un job à prendre chez Creative Wallonia Engine. Oui, mon job, parce que je pars. À quelques jours du mariage, j’ai posé un lapin au CDI, trop attirée par les aventures trépidantes que me promettait l’entrepreneuriat. Je me suis posé les premières questions le jour où j’ai commencé à snoozer le réveil, le jour où ce job de rêve ne m’a plus pris aux tripes. Etait-ce le job qui avait changé ou moi? Etait-ce un caprice de gonzesse qui refuse de mordre sur sa chique un petit peu? Comment peut-on faire 40 ans dans la même boîte sans se lasser? Est-ce que l’équipe super géniale était un motif suffisant pour rester? Finalement, ces questions ont toutes trouvé des réponses, sauf celle du caprice. Mais si c’en est un, alors je l’assume.

Lire la suite