La question qui fâche

J’ai déjà vécu cette scène. Un soir pluvieux, où je me demande ce que je vais faire de ma vie. Où j’ai envie d’écrire, où je me lance. Après de nombreux essais avortés, où les mots ne sortaient pas, peut-être que cette fois c’est la bonne.

Le bruit commence à courir. Y’a un job à prendre chez Creative Wallonia Engine. Oui, mon job, parce que je pars. À quelques jours du mariage, j’ai posé un lapin au CDI, trop attirée par les aventures trépidantes que me promettait l’entrepreneuriat. Je me suis posé les premières questions le jour où j’ai commencé à snoozer le réveil, le jour où ce job de rêve ne m’a plus pris aux tripes. Etait-ce le job qui avait changé ou moi? Etait-ce un caprice de gonzesse qui refuse de mordre sur sa chique un petit peu? Comment peut-on faire 40 ans dans la même boîte sans se lasser? Est-ce que l’équipe super géniale était un motif suffisant pour rester? Finalement, ces questions ont toutes trouvé des réponses, sauf celle du caprice. Mais si c’en est un, alors je l’assume.

Ce qui est plus compliqué à assumer, c’est la curiosité bienveillante de chaque nouvelle personne qui apprend ma décision.

« Et alors, tu vas faire quoi? »

Cette question me fait vomir d’avance, comme l’intitulé d’une dissertation pour un examen de religion. Et je leur sers, avec plus ou moins de conviction selon mon humeur, des réponses fort différentes.

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C’est que la réponse à celle-là est encore moins évidente que les autres, surtout qu’elle est philosophique avant d’être concrète puisque ce que je veux s’articule autour d’une meilleure qualité de vie, d’un retour aux essentiels, d’un potager, d’une maison qui vit, d’écriture et de lecture, d’apprentissages, de partages, de bricolage et d’artisanat, de liberté. Les jours sans, cette réponse sonne creux et je perçois son interprétation par mes interlocuteurs comme « mouais, elle veut vivre d’amour et d’eau fraîche, mais c’est pas ça le monde ». Les jours où j’ai la patate, ça donne plutôt un « Ha ouais, elle a les couilles de prendre sa vie en main! ». Bref, ça sonne parfois creux, parfois bien, l’important, c’est que dans ma tête ça sonne toujours juste.

Et puis cette ambition se traduit parfois en projets à long termes, parfois en leviers actionnables dès demain. Parfois je veux être écrivain, parfois je veux faire des jeux et jouets en bois, parfois je veux retaper la grange, parfois je veux une maison d’hôtes, parfois je veux enchaîner les salons de jeux de société, parfois je veux juste être pépouze au milieu de nos légumes et parfois je veux juste partager toutes ces interrogations sur le world wide web.

Et c’est ce qui m’amène ici ce soir. J’anticipe la question qui fâche en répondant aux curieux bienveillants que je n’ai pas la réponse. Par contre, je sais quelle philosophie de vie je veux entretenir et combler. J’ai fait un grand saut dans cette direction mais je n’ai pas la moindre idée de ce dont mon mois de juillet sera fait et je le vis bien car je suis libre de faire ce que bon me semblera.

Amen.

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3 réflexions au sujet de « La question qui fâche »

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